Vendredi dernier, Grand Polak m’a envoyé un SMS  du genre « Ramène tes fesses au stade de Mile End demain matin à 11h ». Bon, OK c’était peut-être pas aussi autoritaire, mais je me suis senti un peu obligé d’y aller. Voilà donc comment un samedi matin, je me suis retrouvé sur une piste d’athlétisme pour la première fois de ma vie, en tous cas en payant et pour y courir.

Running track

Piste d’athlétisme – Photo de Dean Hochman

On a commencé à s’échauffer et je dois admettre que j’ai vraiment aimé le ressort que donne la surface, c’est vraiment confortable pour courir. Et puis ça a rendu plus facile la session d’échauffement concoctée par Grand Polak : après 10 minutes de jogging, on a fait quelques longueurs en montant les genoux, en montant les talons, en faisant des pas chassés, en piétinant sur place, en faisant des bonds et en expérimentant d’autres façons ridicules de courir. Et puis on a fait un peu de travail de vitesse, chaque longueur en se concentrant sur un aspect différent de la technique de foulée : les genoux en avant, les mouvements des bras, etc…

Donc juste après cet échauffement pas franchement facile, j’étais déjà cassé. On est chacun allés à son propre programme du jour, on avait tous les deux des intervalles différents. Je devais courir 4 intervalles de 5 minutes à un rythme de 10k, ce qui m’a un peu déprimé parce que mon rythme de 10k est approximativement le rythme de récupération de mon pote. Et puis malgré le confort de la piste, j’ai trouvé que courir en ronds est un peu chiant, ce qui a probablement été exacerbé par le fait que mon capteur cardiaque déconnait, ne détectait pas mon coeur et n’arrêtais pas de vibrer pour me dire de courir plus vite.

J’ai gardé mon esprit occupé en observant les gens qui vont sur une piste d’athlé un samedi matin : il y avait deux personnes qui s’entraînaient au saut en longueur, un meuf qui faisait des haies, un mec en fauteuil roulant avec des biceps plus gros que mes cuisses, un petit groupe d’enfants avec leur prof, et puis 2 ou 3 bonshommes qui allaient vraaaaaiment vite.

On a fait quelques tours de piste pour récupérer un peu et on est allés dans l’herbe pour s’étirer. Et ben mon gars, je te dis que ça fait du bien après une session comme ça ! Et puis Grand Polak trouve toujours de nouvelles manières d’étirer des muscles que tu ne savais même pas que tu possédais. Quoi qu’il en soit, c’est vraiment bien de s’entraîner avec quelqu’un lorsqu’on a l’habitude de courir seul, ça motive.

Après ça, on a entamé une conversation avec un des gars qui couraient vraaaaaiment très vite. Il se trouve que le type s’entraînait pour se qualifier pour le 800m aux Jeux Olympiques. Au début on a cru qu’il était canadien mais il s’est trouvé être namibien. Je me suis rendu compte plus tard que malgré son humilité s’il arrive à se qualifier pour les jeux, cela voudra dire qu’il aura battu le record de son pays ! Le temps qualificatif est de 1 minute et 46 secondes alors que le record actuel de Namibie est de 1:46:62. Je dois admettre que j’étais impressionné. OK, la Namibie n’est pas un grand pays de course à pieds (sauf en ce qui concerne Frankie Frederiks, mais c’était il y a 20 ans) mais quand même ! Le type venait du 400m, avec un record personnel dans les 46 secondes, soit vraiment pas loin du record namibien actuel (46:14). Encore une fois impressionné.

Le plus impressionnant était son programme d’entraînement : ce matin là il devait courir 10 fois 400m sous les 58 secondes puis 10 fois 150m sous les 20 secondes. C’est tout simplement fou, mais il nous a dit qu’il s’était préparé mentalement toute la semaine. Il nous a aussi dit qu’il ne mangeait pas de viande, qui est apparemment mauvaise pour la récupération (Christopher McDougall tire la même conclusion dans son dernier bouquin Natural Born Heroes, suivant sur ma pile à lire). Bref, ce type a le bon état d’esprit pour aller à Rio et j’espère qu’il y arrivera. Ne serait-ce que se qualifier pour les jeux est un rêve immense et c’est tout le mal que je lui souhaite. Évidemment, après cette rencontre, Grand Polak et moi n’avons parlé que de ce type admirable.