Emil Zátopek est très certainement le premier coureur de légende dont j’ai entendu parler. Je me souviens qu’il était la réponse à une question d’un Trivial Pursuit en famille. Mon grand-père était surpris que je ne connaisse pas la célèbre « Locomotive tchèque » (hey, j’étais juste un gosse et c’était un coureur des années 50 !) et a commencé à disserter sur le fait qu’il avait tout gagné aux Jeux Olympiques d’Helsinki en 1952. Récemment, j’ai vérifié les faits, et bien qu’il n’ait gagné aucune médaille en lancer de marteau, en plongeon ou en gymnastique, il reste à ce jour le seule athlète à avoir remporté l’or sur 5 000 mètres, sur 10 000 mètres et sur le marathon dans les mêmes olympiades.

Schade Mimoun Zatopek 1952

Herbert Schade, Alain Mimoun et Emil Zátopek courant the 5 000 m aux Jeux Olympiques de 1952
(et Christopher Chataway le pauvre gars dont l’histoire retiendra surtout la gamelle)

J’adore l’histoire de comment il a gagné le marathon à Helsinki. Il ne s’était inscrit que pour les épreuves du 5 000 m et du 10 000 m qu’il a toutes les deux gagnées (dans les deux courses, le français Alain Mimoun a fini deuxième à cause de ce satané tchèque). Après ça, il n’avait plus rien à faire jusqu’à la fin des jeux, et puisqu’il n’avait jamais couru de marathon, il s’est dit « Saperlipopette, je n’ai qu’à m’inscrire au marathon ». Il n’avait rien à perdre et il n’a rien perdu ! Dès le début de la course, il a utilisé Jim Peters comme lièvre (à ce moment, le gars était le tenant du record du monde sur la distance). Zátopek étant d’un naturel bavard, au bout de 15 kilomètres il a demandé à Peters ce qu’il pensait de la course. Ce dernier a saisi l’opportunité de tuer la compétition dans l’oeuf et lui a répondu « trop lente » alors qu’en réalité il allait trop vite, histoire de fatiguer le tchèque inexpérimenté. Zátopek a cru Peters, a suivi son avis et a donc accéléré. Finalement, Peters a été pris a son propre jeu et n’a même pas pu finir la course. Zátopek a continué et a gagné avec un temps à seulement 2 minutes du record de Peters à l’époque. Pas mal pour un premier marathon.

Il y a toute une ribambelle d’autres anecdotes dans Born to run, encore une fois je te recommande chaleureusement ce bouquin dans lequel tu pourras lire des trucs encore plus fous sur Zátopek. Comme par exemple l’incroyable difficulté de l’entraînement qu’il s’imposait ou encore à quel point il était sympathique, entier et généreux (il a donné une de ses médailles à un coureur australien malchanceux avec qui il s’était lié d’amitié). Ce n’est donc pas une surprise qu’il ait été nommé le plus grand coureur de tous les temps par le magazine Runner’s World.