Ah ! Rome en mars ! C’est vraiment la saison parfaite. Ensoleillé mais pas trop chaud, de la bonne bouffe à s’en faire péter le ventre, un nombre acceptable de touristes, et le semi-marathon italien avec le plus grand nombre de participants.

J’avais promis au Rital Taiseux que je viendrais courir le  semi de Roma-Ostia avec lui s’il venait à Run in Lyon, ce qu’il a fait. J’ai donc dû tenir ma promesse. Je dois admettre que je ne suis pas allé à Rome à reculons. À vrai dire, j’étais tellement motivé que j’ai commencé un programme d’entraînement dès novembre exprès pour cette course. Cela ne m’a pas empêché de ne pas obtenir mon certificat médical à temps pour la course, gros procrastinateur que je suis (les procrastinateurs sont les leaders de demain, estime toi prévenu). Par chance, mon Rital Taiseux est un excellent ami et à réussi à m’obtenir des rendez-vous avec les bonnes personnes à la dernière minute.

L’Italie est un drôle de pays. Rital Taiseux à appelé le labo pour savoir quand on pourrait avoir les résultats d’un test urinaire si on venait samedi matin. On lui a répondu « Dans ce cas, les résultats ne seront pas prêts avant lundi mon brave monsieur », ce à quoi il a répondu que non, vraiment ça ne le ferait pas, ce qui a suffit à leur rappeler que finalement les résultats pourraient être prêts en deux heures, pour le même prix. Nous sommes donc allés au labo déposer mon petit bocal et nous sommes repartis pour un petite course facile dans le plus beau paysage urbain imaginable : on jogge devant les ruines du Forum Romain antique, on trottine devant le Cirque Maxime, et on finit tranquilou devant le Colisée.

French Bloke and Quiet Roman

French Bloke et Rital Taiseux devant le Colisée

L’Italie est un drôle de pays. Pendant notre petit déjeuner, un gars criait un refrain répétitif dans la rue en bas. Apparemment, ce type suit une vieille tradition de crieur de rue offrant ses services d’affutage de couteaux ou de réparation de four. Mais ce n’est que la version officielle. Mon Rital Taiseux me dit que puisque plus personne n’a besoin de ce genre de services, le type vend certainement de la drogue et rabat ses clients à la criée. Après le petit dèj,  on est allés chercher mes résultats et on a filé à Ostia pour mon certificat médical.

L’Italie est un drôle de pays. Le médecin que j’ai rencontré était un type débonnaire dans la cinquantaine, vraiment relax, et lâchant visiblement des blagues à la moindre occasion dans un accent romain bien marqué, ce qui m’a fait regretter de comprendre l’italien aussi mal. Tout ce que j’ai compris, c’est que mon rythme cardiaque de 49 au repos l’a convaincu que j’étais molto atletico, ce qui a suffit à lui faire signer le satané papier.

Au paradis, la police est britannique, les cuistots sont italiens, les mécanos sont allemands, les amants sont français, et tout est organisé par les suisses.
En enfer, la police est allemande, les cuistots sont britanniques, les mécanos sont français, les amants sont suisses et tout est organisé par les italiens.

L’Italie est un drôle de pays. Quelques fruits de mer et pâtes plus tard (oui, ce sont des unités officielles de temps là bas), on est allés chercher nos dossards et on a eu eu la preuve que le stéréotype est vrai. Nous étions au paradis à midi, mais maintenant nous étions en enfer. Sur le papier, tout était organisé parfaitement : il y avait plusieurs tables où on pouvait montrer une preuve d’identité et donner son certificat d’identité en échange de son dossard et d’un sac à code couleur. Le sac servirait à ranger des affaires propres que l’on retrouverait à la ligne d’arrivée, le tout transporté par l’organisation de la course. En réalité, il n’y avait aucune indication, et pas de queue organisée, il fallait se battre pour atteindre une table où le bénévole t’annonce que tu n’es pas au bon endroit et que tu dois faire tamponner ton formulaire avant de retirer ton dossard, mais que si tu étais étranger il fallait aller encore à une autre table. J’avais l’impression d’être dans « la maison qui rend fou » dans les Douze Travaux d’Astérix. On a finalement réussi à retirer nos dossards, nos sacs de couleur et un beau t-shirt Adidas. Comme c’était la fin de la journée, on est allés carb-loader dans une trattoria locale qui servait un Cacio e Pepe à se damner (Pecorino et poivre, miam). Puis on a filé au lit.

Cacio e Pepe

Cacio e Pepe

L’Italie est un drôle de pays. On est arrivés sur la ligne de départ tôt le matin pour pouvoir poser nos sacs dans les camions qui allaient les transporter jusqu’à l’arrivée. Tout avait l’air tellement bien organisé que ça en devenait douteux. Les camions étaient faciles à trouver et bien alignés dans l’ordre, avec deux bénévoles dans chacun pour ranger les sacs. Le numéro du camion était inscrit sur le dossard et sur une étiquette sur le sac. Le mien était le camion № 6 et celui du Rital Taiseux était le № 22, ce qui était bizarre car on ne pouvait voir que des camions numérotés de 1 à 21. C’est quoi ce bordel ? Les bénévoles du camion № 21 nous on informé qu’il y avait tout simplement pas de camion № 22 et qu’il fallait poser son sac dans n’importe quel camion et se souvenir du numéro. Tout est normal…

Le Rital Taiseux et moi avons vidé nos vessies et sommes parti pour un court échauffement : petit jogging de 10 minutes, des pas chassés, on monte les genoux, et hop, direction la ligne de départ. Il y avait plusieurs sas, mais comme aucun de nous n’avait couru de semi-marathon avant, on a dû partir avec la dernière vague. Le Rital Taiseux est retourné pisser juste avant que notre sas commence à se diriger vers la ligne de départ et nous nous sommes perdus de vue. Juste avant le coup de feu de départ, on a finit par se retrouver du regard et on a levé les poings au ciel pour s’encourager mutuellement.

On the Roma-Ostia starting line

La ligne de départ du Roma-Ostia

Pan ! J’ai l’impression que c’est un vrai coup de feu car il y a de la fumée. Le départ est facile et descend un peu. Le seul truc chiant c’est qu’il y a tellement de gens que je me retrouve souvent bloqué par un mur de coureurs difficile à dépasser. Je passe mon temps à crier « scusi, scusi ! » aux autres coureurs et je n’arrive pas à trouver un lièvre de toute la course. Après 5 ou 6 kilomètres, j’avale un gel énergétique. Après 10 kilomètres sans évènement notable, j’ai l’impression que je me suis juste échauffé, malgré le fait qu’il y ait un peu de côte. La côte s’accentue entre les kilomètres 10 et 12, mais je continue à crier « scusi, scusi ! » à qui veut bien entendre mon mauvais italien. Je me sens toujours bien et je suis plutôt optimiste parce que je sais que la course continue en descente et finit par du plat. Je prends une gorgée d’eau à chacun des trois ravitaillements et je me sens vraiment bien jusqu’au 17ème kilomètre. Et là, ça me frappe de plein fouet. Pourquoi est-ce que ça devient aussi dur tout d’un coup ? Je n’arrive pas à garder mon rythme et j’arrête de dire « scusi, scusi ! » à mes frères et sœurs de souffrance. Rétrospectivement, j’aurais dû prévoir un deuxième gel énergétique qui m’aurait peut-être permis d’éviter ce mur. Je continue malgré mes jambes douloureuses. Mais pourquoi mes orteils tapent à l’intérieur de mes chaussures ? J’étais pourtant bien confortable au début de la course ! Quand j’aperçois enfin la 21ème borne, mon courage prend le dessus sur mes jambes et elles accélèrent malgré leur désaccord. Je passe la ligne après 1 heure, 37 minutes et 57 secondes de joie et de souffrance.

L’arrivée de la course est plutôt bien organisée : on nous donne tout de suite un coup-vent et un sac avec une sorte de biscuit mou italien, de la compote, une pomme, de l’eau, une boisson énergétique, et bizarrement  : un demi litre de lait… Quelques mètres plus loin, on nous distribue les médailles, ainsi que du thé chaud ou une glace (j’ai pris les deux). Il y a aussi une tente avec des massages gratuits où je décide d’attendre mon Rital Taiseux en faisant la queue. Il est allé un peu plus lentement que moi car il n’a pas pu s’entraîner autant à cause d’une sale blessure au genou. Mais il m’a rapidement trouvé dans la queue, en train de m’étirer pendant 10 bonnes minutes. Je suis bien content de m’être étiré autant parce que le lendemain, je n’avais presque pas mal aux jambes. D’un autre côté, je pense que je vais perdre deux ongles de pieds dans les semaines à venir… Je ne suis même pas capable de suivre mes propres conseils. Pathétique. Quoi qu’il en soit, ça valait vraiment la peine. J’ai adoré cette course, les conifères sur le bord de la route, le soleil, et le fait que la course avait une réelle destination plutôt qu’être une bête boucle.

French Bloke and Quiet Roman after 21.1 km

French Bloke et Rital Taiseux après 21,1 km

Il va sans dire qu’après une bonne douche, on est allé manger la meilleure pizza du monde en se vantant sur nos performances. C’est parce que nous ne savions pas qu’une heure avant nous, Solomon Kirwa Yego avait passé la ligne d’arrivée après seulement 58 minutes et 44 secondes, à peine 30 secondes de plus que le record du monde, réalisant ainsi le 4ème meilleur temps de l’histoire du semi-marathon !