Pour moi, Paula Radcliffe est à la course britannique ce que Jeannie Longo est au cyclisme français (les rosbifs le verront dans l’autre sens) : une légende vivante qui est là depuis toujours, qui a tout gagné et qui ne vieillit pas, au grand dam de la jeune génération d’athlètes qui ne lui arrivent pas à la cheville. Elle ne fait pas partie des meubles : elle est les meubles.

Imagine un peu pour voir. Son record du monde du marathon établi en 2003 à Londres est plus de 3 minutes plus rapide que le deuxième meilleur temps pour la distance et tient toujours depuis cette époque ! Pour comparaison, chez les hommes, les dix meilleurs temps pour un marathon sont tous compris dans une fourchette de 90 secondes. Oh, et juste pour s’amuser, la même année que ce record historique, elle a aussi établi le record du monde du 10K sur route à Puerto Rico. Record qui tient toujours 13 ans après. Ouaip, lui aussi. Cerise sur le gâteau, en 2003 (toujours !) elle a aussi établi le record du monde du semi-marathon à Newcastle. Il n’a pas été ratifié par l’IAAF (la fédération internationale d’athlétisme) parce que le Great North Run est légèrement en pente. Le record a tout de même tenu 11 ans.

Paula Radcliffe, Berlin 2011 - Photo by Ramon Smits

Paula Radcliffe, Berlin 2011 – Photo de Ramon Smits

Pourtant c’était plutôt assez mal barré pour elle au début. Quand elle a commencé à courir à l’âge de 7 ans, elle était anémique et asthmatique (et elle l’est toujours parce que ça ne part pas comme ça). Joli combo ! Ça ne l’a pas empêchée de rejoindre l’élite avant ses vingt ans, malgré les multiples crises d’asthme et autres blessures, sur des distances entre 1500m et le semi-marathon. Elle a commencé à gagner des médailles à la pelle, au niveau national et international, tellement que j’ai arrêté de les compter en lisant l’article Wikipédia. Mais ça lui lui suffisait pas et elle a décidé de se mettre au marathon en 2002. Dès sa première course elle annonce la couleur en établissant un nouveau record pour un marathon 100% féminin. Plus tard la même année, elle établi un nouveau record du monde de la distance. Les doigts dans le nez. Et bien sûr il y a l’année 2003, année où elle établi pas moins de 3 records du monde sur 3 distances différentes, dont 2 tiennent toujours. Bien sûr, en parallèle, elle a participé à 4 jeux olympiques (de 1994 à 2008) et quand elle a mis fin à sa carrière en 2015, ses temps était encore assez bons pour la qualifier pour les jeux de Rio en 2016 !

Alors à quoi tu t’attendais ? Évidemment qu’elle est devenue une légende ! Au point que quand elle court, son dossard ne porte pas de numéro mais son prénom. Quand elle a couru son dernier marathon à Londres l’an dernier, la foule a scandé « Paula ! Paula ! » durant 42,195 km. Et comme je suis un peu un connard, je vais terminer par mon moment préféré de sa carrière, quand Denise Lewis a essayé de l’interviewer ce jour là mais la vitesse de marathon de Paula était plus rapide que le sprint de la journaliste (malgré le fait que cette dernière a été une heptathlète de niveau mondial par le passé), ce qui a laissé cette dernière à bout de souffle après l’interview la plus courte de sa vie. Un moment à voir et à revoir à voir et à revoir sur la BBC.